DE(S)RACINE(S)

Les vêtements ont une histoire, une identité, une vie. Derrière les choix des vêtements qu’un individu porte se cache une volonté de se présenter au monde extérieur, s’exprimer, se protéger, s’identifier, se fondre dans la masse, ou à l’inverse se distinguer. Si les pratiques vestimentaires des populations immigrées peuvent nous renseigner sur leurs traditions culturelles, le déracinement affecte ces modes vestimentaires, parfois abandonnées au profit de celles de la société accueillante, d’autres fois réservées à l’espace privé ou aux évènements festifs.

Mojib Nurbakhsh, les soeurs Jovana et Magdalena Salimovic, Sakhi Nazari, Birkit Haile et son fils Dejen, Tornike Kapanadze et Conteh Salid se présentent fièrement devant l’objectif, parés des vêtements et accessoires qu’ils ont réussi à ramener de leurs pays d’origine et ceux qu’ils ont pu ou dû se procurer ici. 

Pour ces jeunes personnes contraintes à l’exil, le vêtement conserve ce double symbolisme : à la fois vecteur d’intégration sociale, il permet aussi de garder un lien avec sa culture d’origine. Leur décision de porter un tel vêtement plutôt qu’un autre repose donc sur une certaine volonté de jongler entre les codes traditionnels et ceux de la société dominante. Ce sont ces décisions et ce qu’elles déguisent que ce travail photographique vise à explorer. Prenant comme vocabulaire commun le vêtement, il se veut à l’écoute des personnes qui ont quitté leur pays d’origine pour arriver à Genève, espérant une vie meilleure, et cherche à poser sur eux un regard qu’on leur porte peu. 

Les portraits photographiques résultant de ces échanges et de ce travail collaboratif supervisé par Vanessa Riera et Carla da Silva ont été exposés du 16 janvier au 7 février 2020 à la galerie du centre d’hébergement collectif de Rigot, avenue de France 36, 1202 Genève.

Copyright vidéo: Robin Siegenthaler